ô ...

" Visages de la rue, quelle phrase indécise

Ecrivez-vous ainsi pour toujours l'effacer

Et faut-il que toujours soit à recommencer

Ce que vous essayer de dire ou de mieux dire ? "

SUPERVIELLE, Les Amis inconnus

visites visuelles

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Dimanche 20 mai 2007 7 20 05 2007 17:58

Louis Chauvel a écrit un livre qui m’a semblé intéressant sur Les classes moyennes à la dérive. Il y montre comment les Trente Glorieuses ont participé à l’avènement d’une vaste classe moyenne, qui a diffusé un modèle de société égalitaire et universel, l’individualisme et l’accès à la consommation, et qui a infusé de nombreuses pratiques, à la fois vers le haut et vers le bas de la société. Pendant cette période, la classe moyenne a ainsi assis une certaine domination de la société (ce qui est pourtant contradictoire avec le modèle égalitaire qu’elle propose), d’autant mieux accepté que les classes populaires avaient l’espoir d’accéder ou de voir accéder leurs enfants à cette classe moyenne, qui elle-même pouvait espérer s’élever socialement, sans pour autant remettre en cause les élites établis. Or, le contexte a changé, l’ascenseur social est pour Louis Chauvel, au mieux en panne, au pire, déclassant : tout faux pas d’un enfant de la classe moyenne peut dramatique si la solidarité familiale ne joue pas. Cette même solidarité sociale est un analgésique qui cache, selon lui, l’ampleur du problème des jeunes, dont les diplômes sont dévalués, mal payés par les entreprises (qui joue de cette solidarité familiale, d’ailleurs inégalitaires selon les pans de la classe moyenne), en situation de paupérisation quand ils deviennent autonomes, du fait notamment de la cherté du logement, menacés par un système de retraite dont ils ne bénéficieront probablement pas eux-mêmes dans la version actuelle etc. Aujourd’hui, de nouveau, le patrimoine culturel des enfants classe moyenne ne suffit plus à leur assurer une situation au moins équivalente à celle de leurs parents. Le patrimoine économique et surtout social devient un élément primordial dans l’accès à des emplois gratifiants et bien payés. C’est le retour des « fils de ». Pour Louis Chauvel, la génération du baby boom n’a rien prévu pour sa succession, et aujourd’hui, on préfère laisser leurs avantages à ceux qui en ont profité et en profitent encore que de les redistribuer. La logique qui sous entend cet état de fait est que ceux qui n’ont pas connu de privilèges les regrettent moins que ceux qu’il faudrait en priver. Or, tous ont grandi dans l’idée que l’accès à la consommation leur serait ouvert, que leur position sociale, grâce à leurs études, leurs efforts, leur permettrait de s’élever encore dans la société par rapport à leurs parents.

Donc vaste problème pour la classe moyenne, menacée de déclassement et pour la classe populaire, qui ne peut plus accéder à cette classe moyenne, qui essaie tant bien que mal de se préserver elle-même et se ferme aux autres couches de la société. Et Louis Chauvel d’ajouter qu’ainsi, le modèle de société que proposait la classe moyenne, est complètement décrédibilisé, et que ce qu’elle diffuse à présent au reste de la société, c’est son anxiété…

Mais bien sûr, ce genre d’études n’est ni à prendre pour argent comptant, ni prévu pour démoraliser son monde, mais conçu comme un signal d’alarme. Les Français sont râleurs ? Eh bien qu’ils râlent plus fort et plus efficacement alors…

PS : bien d’autres explications, éléments et détails dans le bouquin…

Par emliochka - Publié dans : le meilleur des mondes ?
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Jeudi 17 mai 2007 4 17 05 2007 17:25

"Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue."  Younes Amrani et Stéphane Beaud

Un super témoignage d'un enfant d'immigré marocain, qui a grandit dans une banlieue lyonnaise.

La correspondance, par mail, s'est nouée un peu par hasard et s'est développée sur plus d'un an. Ce jeune est en quelque sorte un "intellectuel" dans son genre, qui, bien qu'il est échoué dans ses études d'histoire (pour des questions de non acculturation au milieu étudiant), travaille à la bibliothèqu, dévore des bouquins, et livre un regard acéré et juste sur son milieu, sur la politique, les mouvements contestataires, sur le racisme, la discrimination. Un regard et sociologique et très personnel (l'extrait ci après est plus réprésentatif de cet aspect que de ses analyses sociologiques).

« D’abord je voulais vous dire que je suis en train de lire le livre d’Olivier Masclet, La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué (je l’ai acheté samedi à la FNAC), j’en suis au 2ème chapitre et j’apprends beaucoup. Parallèlement, je lis une biographie de Paul Nizan écrite par Cohen-Solal (je l’ai trouvé ar hasard dans le fond de la bib’, il prenait ka poussière), je trouve que Nizan assurait quand même…

 Les lectures mises à part, c’est toujours la même galère dans ma vie et je ne trouve plus les mots pour écrire, y a trop de choses qui m’asphyxient, j’en ai un peu marre de vivre toujours sur la limite, de devoir toujours faire des efforts. J’ai l’impression de me répéter mais je n’arrive pas à trouver de réponses à toutes les questions que je me pose… En ce moment, tout me prend la tête… Ma famille, ma relation avec Sofia, l’avenir … Je ne sais pas trop quoi faire. Je me dis qu’il faut prendre les choses comme elles sont et puis c’est tout… Vivre dans la futilité, pour faire simple. Se libérer de son passé n’est pas chose facile, je fais des progrès, des efforts mais à force cela devient usant… Surtout quand il n’y a personne à côté pour assurer… Je crois que jamais personne ne m’a appris à être heureux, je sais gérer les problèmes, la galère, la « merde »… mais le bonheur, je ne sais pas faire… »

Par emliochka - Publié dans : le meilleur des mondes ?
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Lundi 14 mai 2007 1 14 05 2007 14:07

Après avoir lu Une brève histoire de l’avenir de Jacques Attali, qui promet trois grandes vagues d’avenir, dont les deux premières risquent de détruire l’humanité, j’ai eu l’occasion de plonger dans deux romans qui mettent l’humanité dans des circonstances extrêmes. Camus referme, dans La Peste , une ville d’Algérie sur elle-même, le temps d’une épidémie qui enlève chaque jour ses dizaines puis ces centaines d’âmes. Rats de laboratoires pour le romancier ? Paul Auster, ensuite, nous livre le récit d’une jeune femme partie à la recherche de son frère dans une ville du bout du monde où tout se délite, se désagrège, se désintègre, où les politiques semblent aussi éloignés, irréels et inhumains que dans 1984 d’Orwell, et où on se demande s’il existe encore des hommes et des femmes au sens où nous l’entendons aujourd’hui.

Pour un romancier comme pour l’autre, l’écriture semble sortie d’un rêve, rythme qui s’apparente dans un cas à l’extrême faiblesse de la narratrice et dans l’autre peut-être au fait que «  rien n’est moins spectaculaire qu’un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones. Dans le souvenir de ceux qui les ont vécues, les journées terribles de la peste n’apparaissent pas comme de grandes flammes interminables et cruelles, mais plutôt comme un interminable piétinement qui écrasait tout sur son passage. »

Quelques extraits ci après

Par emliochka - Publié dans : art et littérature
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Lundi 14 mai 2007 1 14 05 2007 13:57

« J’ai essayé de tout faire tenir, d’arriver au bout avant qu’il ne soit trop tard, mais je me rends compte maintenant que je me suis lourdement trompée. Les mots ne permettent pas ce genre de choses. Plus on s’approche de la fin, plus il y a de choses à dire. La fin n’est qu’imaginaire, c’est une destination qu’on s’invente pour continuer à avancer, mais il arrive un moment où on se rend compte qu’on n’y parviendra jamais. Il se peut qu’on soit obligé de s’arrêter, mais ce sera uniquement parce qu’on sera à court de temps. On s’arrête , mais ça ne veut pas dire qu’on soit arrivé au bout. » in Le voyage d'Anna Blume

lecture de Paul Grimal

« Pour combler l’horreur, pour tenter d’être avec les autres, il ne peut exister que cet effort vers le vide. En fait, Anna et ses compagnons, malgré leurs apparentes différences, sont unis dans une connaissance semblable, ils savent qu’il n’y a pas de consolation, qu’il faut accepter la souffrance et la mort, et qu’alors naît la possibilité de l’existence. Une fois dégagés des espérances qui font de la vie une longue suite de catastrophes, ils peuvent  exister, tant il est vrai, comme disait Pascal, que « nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » ».

 

Par emliochka - Publié dans : poésie et citations
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Lundi 14 mai 2007 1 14 05 2007 13:52

 

« .. la terrible impuissance où se trouve tout homme de partager vraiment une douleur qu’il ne peut pas voir. »

 

 

« Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée. Les hommes sont plutôt bons que mauvais, et en vérité ce n’est pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et c’est ce qu’on appelle vertu ou vice, le vice le plus désespérant étant celui de l’ignorance qui  croit tout savoir et s’autorise alors à tuer. L’âme du meurtrier est aveugle et il n’y a pas de vraie bonté ni de bel amour sans toute la clairvoyance possible. »
""Avec le temps, j’ai simplement aperçu que même ceux qui étaient meilleurs que d’autres ne pouvaient s’empêcher aujourd’hui de tuer ou de laisser tuer parce que c’était dans la logique où ils vivaient, et que nous ne pouvions pas faire un geste en ce monde sans risquer de faire mourir. Oui, j’ai continué d’avoir honte, j’ai appris cela, que nous étions tous dans la peste, et j’ai perdu la paix. Je la cherche encore aujourd’hui, essayant de les comprendre tous et de n’être l’ennemi mortel de personne. "" Tarrou

 

 

"Mais si c’est cela gagner la partie, qu’il devait être dur de vivre seulement avec ce qu’on sait et ce dont on se souvient, et privé de ce qu’on espère. C’était ainsi sans doute qu’avait vécu Tarrou et il était conscient de ce qu’il y a de stérile dans une vie sans illusions. Il n’y a pas de paix sans espérance, et Tarrou qui refusait aux hommes le droit de condamner quiconque, qui savait pourtant que personne ne peut s’empêcher de condamner et que même les victimes se trouvaient parfois être des bourreaux, Tarrou avait vécu dans le déchirement et la contradiction, il n’avait jamais connu l’espérance. Etait-ce pour cela qu’il avait voulu la sainteté et cherché la paix dans le service des hommes ? A la vérité, Rieux n’en savait rien et cela importait peu. Les seules images  de Tarrou qu’il garderait seraient celle d’un homme qui prenait le volant de son auto à pleines mains pour le conduire ou celle de ce corps épais, étendu maintenant sans mouvement. Une chaleur de vie et une image de mort, c’était cela la connaissance."

Par emliochka - Publié dans : poésie et citations
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