le discours politique de Nicolas Sarkozy
Eric FASSIN, du journal LE MONDE, 13 avril
« A force de dire tout et l’inverse de tout, Nicolas Sarkozy parvient à son but : on ne sait plus où on en est. On rassure les parents (des jeunes suicidés), déclarés non responsables, et on stigmatise les parents irresponsables (des jeunes délinquants). On dénonce les violences (à la gare du Nord), et on justifie les violences (des marins qui incendient le Parlement de Bretagne). On s’affiche en défenseur des classes populaires et on redistribue l’argent aux riches. On fait miroiter des régularisations et on donne en spectacle des expulsions. On se pose en ami des minorités raciales, et l’on couvre les violences policières racistes. On invoque l’identité nationale et ses relents maurassiens, pour la définir ensuite par l’égalité républicaine entre les sexes. (…) En ne respectant jamais le principe de non-contradiction, le candidat rend la contradiction impossible : comment s’opposer à lui quand il dit tout et son contraire ? (…) La présidence de G W. Bush a démontré qu’on pouvait à loisir brandir l’épouvantail terroriste pour susciter la peur et prétendre y répondre ensuire. La leçon n’a pas été perdue pour Nicolas Sarkozy : attiser l’insécurité, du terrorisme aux violences urbaines, c’est faire le jeu de la politique sécuritaire. Il en va de même du discours de Nicolas Sarkozy, c’est celui par qui le désordre arrive, dans la société et dans les esprits. Et c’est sur cette stratégie du désordre, tant social qu’intellectuel, qu’il bâtit sa politique d’ordre. (…) »