MOON PALACE de Paul Auster

Publié le par emliochka

 Marco Stanley Fogg a été placé par son nom sous le signe du voyage. Et ce roman est en effet un voyage : un quête initiatique pour Marco, le narrateur; un voyage à travers une conscience, pour le lecteur. Marco, orphelin de mère, n'a jamais connu son père et vit avec son oncle Victor, musicien original, jusqu'à son départ à New York pour l'université.  Lui-même, Fogg, se donne une allure d'excentrique en portant en toutes saisons la redingote de son oncle et en  faisant de l'immense collection de livres de Victor le mobilier de son appartement : " Mes amis trouvaient bien cela étrange, mais ils s’étaient déjà frottés à mes étrangetés. Pensez à la satisfaction, leur expliquais-je, de vous glisser au lit avec l’idée que vos rêves vont se dérouler au-dessus de la littérature américaine du 19ème siècle. Imaginez le plaisir de vous mettre à table avec la Renaissance entière tapie sous votre repas. A vrai dire je ne savais pas du tout quels livres se trouvaient dans quels cartons, mais j’étais très fort à cette époque pour inventer des histoires, et j’aimais le ton de ces phrases, même si elles n’étaient pas fondées."

A la mort de cet oncle, son désespoir le pousse à laisser petit à petit ses ressources s'amenuiser jusqu'à se faire mettre à la rue et finir comme hobo à Central Park. Il y est repéché par son meilleur ami et Kitty Hu. Plus tard, il se fait embaucher comme "homme de compagnie" par un vieil homme paraplégique et grincheux, mais excentrique et intelligent, et c'est là que commencent à se mettre en place les pièces du puzzle qui mèneront marco vers son identité... et vers la terre, "son avenir", comme le lui révélait la petite prophétie dans le gateau chinois : "le soleil est ton passé, la lune ton présent, la terre ton avenir".

Dans ce roman, dans des mots simples, l'auteur nous fait traverser  la complexité des consciences, des émotions, des relations humaines, la souffrance et la nécessité de la solitude. L'imagination de Paul Auster paraît sans limites, et plusieurs romans semblent contenus dans ce roman, sans compter les nombreuses références à la peinture et la littérature, mises en relation avec art. ce qui est étonnant, c'est aussi la manière qu'a Paul Auster de sembler toujours annoncer ce qui va arriver tout en parvenant à nous surprendre à chaque coin de page et à tisser toute un réseau d'indices qui font sens au fur et à mesure et se répondent les uns aux autres.

C'est en tous cas un beau voyage, vers une terra pas si incognita...

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Publié dans art et littérature

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