mon MONDE IMAGINAIRE
Ce monde imaginaire que l'on construit dans son enfance, ce monde qui n'est tout à fait le monde réel (mais qu'est-ce que le monde réel ?), ni tout à fait différent, un monde très personnel et pourtant accessible en partie par ceux qui partagent les mêmes références sociales peut-être, et en tous cas littéraires, artistiques, musicales, les mêmes expériences de vie aussi...
Il suffit parfois d'une chanson, d'un poème, d'un mot, d'un visage, d'un tableau, de quelques notes, pour voyager en l'espace d'un quart de seconde dans le temps et dans l'espace, et se retrouver dans son monde familier, si intime, si chaleureux, si heureux... Peut-être la même sensation que celle du bébé dans le ventre de sa mère ? (au delà du cliché)
Personnellement, j'ai eu un véritable coup de foudre pour la chanson "On the road again", parce qu'elle me rappelait l'atmosphère des très nombreux contes de Grimm dévorés dans mon enfance, la musique d'Irlande et la culture celtique, les romans de Walter Scott, le romantisme, d'un Hernani de Victor Hugo par exemple ou encore les histoires de bandits de Mérimée, de Musset avec son Lorenzaccio, et probablement bien d'autres, Le Seigneur des Anneaux, les chansons populaires mélancoliques, reprises par exemple par le groupe Mes souliers sont rouges, et encore les chansons rock à texte, un peu nostalgiques, très profondes et qui mettent dans un délicieux état de tristesse agréable, et me rappelait même, d'une certaine manière, l'atmosphère de vieille Angleterre que j'aimais dans les romans d'Agatha Christie, je pourrais citer aussi le Cercle des poètes disparus ... et j'oubliais, très important, "la ballade des pendus" de François Villon et "colloque sentimental" de Verlaine (et bien d'autres de Verlaine surtout, de Rimbaud aussi, et toutes les autres références qui ont tissé fils à fils, la plupart du temps inconscienment je pense, ce monde imaginaire dont je parlais).
Tout cela fait écho, dans les arcanes de ma toute petite tête de khâgneuse (i.e. élève de khâgne), à la "stendhalie", cette "demeure" chaleureuse, "cette maison de vacances" , qui accueillait Julien Gracq chaque fois qu'il lisait l'un des romans de Stendhal, à cause de la poésie de son écriture, de "l'inflexion d'une tendresse secrète" (Maurice Bardèche) que semblait ressentir Henri Beyle (Stendhal) pour cette Italie rêvée et pour les personnages qu'ils y faisaient évoluer. Tendresse parfois teintée d'ironie d'ailleurs, car Stendhal aimait jouer avec le feu, avec l'intérêt de son lecteur, avec le postulat fictif, avec les clichés, les vraisemblances etc.. Stendhal est de toute manière un auteur que je ne conseillerais jamais assez (et svp, s'accrocher pour passer les 20 premières pages si elles semblent un peu pénibles), car on entre en "stendhalie" avec beaucoup de facilité et de bonheur...