"la cigale dans le temple du coeur", image taoïste
in Les Confessions d'un taoïste à Wall Street de David Payne
Le narrateur est un novice dans un monastère taoïste. La première réplique est celle du maître Chong Fou.
" "Ignores-tu que pour ceux qui comme toi sont affligés d'une âme souvent inquiète, il y a toujours une cigale qui chante dans le temple du coeur ?"
(...)
Dans le premier des Dix Chants du Chercheur de Boeuf :
" Mes yeux épuisés se brouillent, mon coeur vacille; car je ne le retrouve pas. J'écoute, défait, la stridulation sans âme des cigales dans le bois où la lune ne luit pas."
La cigale symbolise l'esprit inquiet, incapable de repos, le coeur passionnément attaché au monde des sens, et qui redoute de s'abandonner, de couler comme une pierre (une plume !) dans le Vide immaculé et brillant. En plus de sa valeur d'onomatopée, l'image a d'autres mérites. Car la stridulation monotone et mécanique des cigales mâles dans la forêt par une nuit d'été, qui chantent le désir de la chair - cette musique obsédante d'un appétit maladif, insatiable, et qu'il faut apaiser ou mortifier - , cette image fait pressentir l'enfer charnel de l'homme. La méditation, le retour à la source paisible de l'être, essaie de faire taire cette musique, d'imposer silence à la cigale qui chante toujours "dans le temple du coeur".
(...)
Après trois années d'efforts soutenus, j'avais enfin franchi le seuil pour entrer dans le silence. Mais à l'époque, ma concentration était trop imparfaite pour maintenir longtemps cet état. Au bout de cinq ans de perfectionnement, je n'étais jamais distrait plus d'une fois par semaine. A 19 ans, je pouvais entrer à volonté dans une transe profonde et y rester presque indéfiniment. J'avais enfin appris à imiter l'action de l'eau qui s'infiltre à travers le sol apparemment imperméable des apparences pour rejoindre le froid et pur réservoir du Tao."