un métier d'avenir : artiste pigeonné
J'ai cru, le temps d'un brève bouffée de bonheur, qu'une trève, un armistice, pourrait être passée entre les pigeons et nous...Oh douleur d'un espoir déçu...Ce cher Descartes a dit qu'il valait mieux une fausse joie qu'une tristesse dont la cause est vraie. En l'occurrence, c'est blanc bonnet et bonnet blanc.
Je m'explique : me balandant du côté de Beaubourg, j'aperçus soudain dans mon champ de vision une étrange oeuvre d'art sur le toit en pente d'un bâtiment, une forme noire du plus bel effet. Ma curiosité attisée, j'envisageai diverses possibilités : les hasards de la nature, qui aurait rouillé ou sali le toit avec tout le sens artistique que je lui reconnais, une illusion d'optique, un tag, une oeuvre d'art nouvelle, innovante et peu promotionnée. Eh bien non, il s'agissait de paquets de pigeons, entassés là par la force de leur paresse légendaire et somnolant tristement.
J'entrevis alors des lendemains qui chantent : des milliers de toits parisiens couverts de ces oeuvres d'art, des touristes admiratifs de la créativité française, des parisiens réjouis, des écoliers retrouvant le goût des arts plastiques, des pigeons enfin utiles à la collectivité, ayant trouvé leur vocation et bien dans leurs pattes, et ma tranquilité d'esprit retrouvée...
Malheureusement, à mon approche, mes chers ennemis ont tous déguerpi en désordre, laissant derrière eux une saleté qui n'avait, elle, rien d'émouvant.