un jeune de cité écrit à un sociologue

Publié le par emliochka

"Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue."  Younes Amrani et Stéphane Beaud

Un super témoignage d'un enfant d'immigré marocain, qui a grandit dans une banlieue lyonnaise.

La correspondance, par mail, s'est nouée un peu par hasard et s'est développée sur plus d'un an. Ce jeune est en quelque sorte un "intellectuel" dans son genre, qui, bien qu'il est échoué dans ses études d'histoire (pour des questions de non acculturation au milieu étudiant), travaille à la bibliothèqu, dévore des bouquins, et livre un regard acéré et juste sur son milieu, sur la politique, les mouvements contestataires, sur le racisme, la discrimination. Un regard et sociologique et très personnel (l'extrait ci après est plus réprésentatif de cet aspect que de ses analyses sociologiques).

« D’abord je voulais vous dire que je suis en train de lire le livre d’Olivier Masclet, La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué (je l’ai acheté samedi à la FNAC), j’en suis au 2ème chapitre et j’apprends beaucoup. Parallèlement, je lis une biographie de Paul Nizan écrite par Cohen-Solal (je l’ai trouvé ar hasard dans le fond de la bib’, il prenait ka poussière), je trouve que Nizan assurait quand même…

 Les lectures mises à part, c’est toujours la même galère dans ma vie et je ne trouve plus les mots pour écrire, y a trop de choses qui m’asphyxient, j’en ai un peu marre de vivre toujours sur la limite, de devoir toujours faire des efforts. J’ai l’impression de me répéter mais je n’arrive pas à trouver de réponses à toutes les questions que je me pose… En ce moment, tout me prend la tête… Ma famille, ma relation avec Sofia, l’avenir … Je ne sais pas trop quoi faire. Je me dis qu’il faut prendre les choses comme elles sont et puis c’est tout… Vivre dans la futilité, pour faire simple. Se libérer de son passé n’est pas chose facile, je fais des progrès, des efforts mais à force cela devient usant… Surtout quand il n’y a personne à côté pour assurer… Je crois que jamais personne ne m’a appris à être heureux, je sais gérer les problèmes, la galère, la « merde »… mais le bonheur, je ne sais pas faire… »

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Publié dans le meilleur des mondes

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