Maurice Denis au musée d'Orsay
Après avoir découvert Vuillard et Bonnard, j'étais enchantée d'avoir l'opportunité d'admirer les oeuvres de Maurice Denis, un autre peintre du cercle des Nabis. Les commentaires insistaient sur quatre dimensions de son oeuvre : la volonté de rendre une sensation ("toute oeuvre d'art est une transposition, une caricature, l'équivalent passionné d'une sensation reçue" Maurice Denis), l'économie de moyens, un certain symbolisme, et la dimension décorative de l'oeuvre. De plus, sa peinture a toujours été chrétienne. Ce qui est étonnant, c'est qu'il représente des scènes de la Bible dans des décors et avec des personnes de sa vie quotidienne. Touts les articles que j'ai lu soulignent aussi l'apparent paradoxe d'un peintre à la fois très moderne et imprégné de la tradition classique. Cela ne semble pourtant pas si surprenant, dans la mesure où à l'époque de La Pléiade par exemple, un renouveau de la poésie et l'impulsion donnée la langue française moderne ont été le fait de poètes qui s'inspiraient parfois directement de l'Antiquité.
Ce qui marque inévitablement, ce sont les couleurs utilisées dans ses oeuvres, couleurs chaudes ou pastels, ce sont les volutes décoratives, les effets de lumière tout à fait dignes d'un de La Tour, et qui donnent aux visages des transparences nacrées.
Quand je restais un certain temps à "scruter" un tableau, un détail ou un autre finissait par m'apparaître et alors toute une atmosphère se dégageait de la peinture. Par exemple, pour le tableau "Juillet", ce sont des effets de lumière, que je n'avais pas perçus tout de suite, qui m'ont alors rendu une sensation de chaleur opaque de manière assez extraordinaire. De la même manière pour une autre oeuvre "les régates" je crois, avec la lumière sur les visages et l'ambiance du bord de mer.
Dans la dernière salle consacrée à une monumentale oeuvre décorative sur le thème d'Amour et Psyché, j'avoue que j'ai commencé par me demander s'il n'était pas tombé sur la tête sur la fin de sa vie. Mais bon, malgré mon dos en compote (l'exposition est assez longue et je ne l'ai pas faite au pas de course, très loin de là), j'ai accordé un peu d'attention à chaque panneau. Et ce qui me ressemblait d'abord à des tableaux classiques du 18ème s. était en fait, après observation, aussi beau et étonnant que le reste de son oeuvre, par les couleurs, les formes, les expressions des visages, et la représentation d'un monde doux et merveilleux.